Couverture n°3 Albert Dupontel

Le N°3 que nous aurions aimé vous proposer.

Albert Dupontel,
un homme sensible !


Chers internautes, vous avez élu Albert Dupontel, homme sensible. Pour vous, nous l'avons rencontré...





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Elisez votre prochain homme sensible !

Gad Elmaleh
Bénabar
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Pere et Fils

PERE ET FILS :
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Robin, Le Masculin Sensible

Albert Dupontel

Le personnage du Créateur était ­il celui qui vous ressemble le plus ?
C’est certainement le film où j’ai le plus parlé de moi. C’est le personnage qui me ressemble le plus socio-culturellement. Fils de famille, bien entouré dans son enfance, imbibé d’inhibitions, complexé. J’ironisais sur moi-même. Je trouve inadmissible qu’en vingt ans Balzac ait écrit 72 romans et que moi en dix ans je n’ai écrit fort poussivement que trois scénarios. Zweig disait : « Les hommes ont besoin des Dieux pour exister, les Dieux ont besoin de certains hommes pour prouver qu’ils existent »… Le créateur, lui, fait tout ce qu’il peut mais c’est vraiment une truffe. Tout le film parle de l’impuissance. Il n’arrive pas à écrire donc à défaut de construire, il détruit.

Quand vous tournez avec d’autres réalisateurs, on retrouve aussi un peu de ce « bonhomme ». En avez-vous conscience ?
La caméra chope tout, surtout ce qui vous échappe. La meilleure attitude que j’ai trouvée quand je travaille pour les autres c’est d’être le plus disponible possible, d’avoir le moins de préjugés. Si j’accepte un rôle c’est en me disant : « ce bonhomme je l’ai chez moi ». Je le laisse venir. Pour moi, le plus grand acteur français, celui qui m’impressionne le plus, c’est Michel Simon. Il faisait ça. Il laissait venir. Un acteur qui travaille ça se voit. Le grand Depardieu de la grande époque était un mec complètement disponible. Dans Police, le paradoxe tenait dans cette masse physique qu’il avait à l’écran, qui dégageait force et énergie, et ce qu’il parvenait à restituer en terme d’émotion et de fragilité. Pendant longtemps je ne me suis absolument pas considéré comme un acteur. Parce que je n’avais aucunement l’intention de me rendre disponible pour un autre, je gardais l’énergie pour mes trucs à moi. C’était un peu mon drapeau rouge de dictateur. Le premier film qui m’a vraiment entraîné ailleurs, c’était La Maladie de Sachs. C’est un processus long, de méfiance qui tombe tout doucement.

Quand vous êtes devant et derrière la caméra, est-ce facile de rester disponible ?
J’ai un mec dans mon dispositif qui est très important. Il s’appelle Philippe Uchan. Quand il n’est pas là, on ne tourne pas. On répète ensemble et il me dirige très bien. J’ai besoin de lui pour passer du côté autoritaire qui sait tout du metteur en scène (même si ce n’est pas vrai) à cette fragilité d’acteur, ce côté enfantin du bonhomme. Ce n’est pas évident.

Certains acteurs comme Claude Perron, Yves Pignot, Hélène Vincent, Nicolas Marié étaient déjà présents dans Bernie. Cela vous rassure cette « famille »?
Ce ne serait pas de bons acteurs, disponibles, prêts à faire, à refaire, je trouverais une astuce et je ne les mettrais pas devant la caméra. Or ce sont de très bons acteurs. On a déjà travaillé ensemble, on se connaît depuis longtemps. Si je suis sûr de ces gens, humainement et artistiquement, pourquoi m’en priver ?

Vous aimez aller au contact du public dans des projections, des avant-premières. En quoi est-ce si important pour vous ?
Les tournées en province sont les seuls moments où l’on rencontre ceux qui vont voir vos films. Après ils deviennent des chiffres.... J’aime échanger, discuter, les écouter parler avec leurs mots à eux. C’est une grande leçon d’humilité. Sans tomber dans le populisme, si le film peut avoir un destin populaire, j’en serais ravi.

Albert Dupontel

Y a t’il des thèmes que vous n’aborderiez pas dans une forme d’auto-censure ?
J’ai toujours fait ce que je voulais. Je pense qu’on peut parler de tout. Il suffit de le faire avec élégance. L’élégance c’est le goût comme disait Nietzsche. Chacun a le sien. Parfois, sur un tournage, il y a des choses qu’on ne peut pas se permettre d’un point de vue financier. Mais nous parvenons toujours à nous débrouiller.

Les femmes portent-elles un regard différent sur les films que vous faites ?
Pour Enfermés dehors, elles m’attendaient à la sortie des projections, non pas avec un regard noir et les yeux courroucés, mais pour me dire : « Je suis venue un peu forcée par mon copain et je ne le regrette pas. »

Peut-être parce que finalement votre film est une histoire d’amour…
Bernie aussi était une histoire d’amour, mais désespérée. La quête de Bernie est impossible. Dès le début, on sait qu’il va mourir. Enfermés dehors est une vision de l’amour positive. A la fin du film, le personnage n’est pas plus riche, ne trouve pas un boulot mais il rencontre cette femme. Et même si elle hésite à l’embrasser, elle accepte malgré tout de le suivre, de partir comme dans…

… Le Kid de Chaplin
Voilà. Ce n’est pas pour autant que le destin social du héros est assuré mais affectivement il s’en sort.

Son côté chevaleresque, son altruisme, c’est une manière de se sauver lui-même ?
Oui. Si vous pensez à l’autre, vous pensez à vous-même. C’est ce que raconte Gandhi. Je crois que c’est vrai. La meilleure façon de se sauver c’est de s’occuper des autres. Pas pour avoir bonne conscience mais parce que ça donne un sens aux choses. Chaplin disait que la vie n’a aucun sens mais que l’amour peut lui en donner un. Au début mon héros n’a qu’une idée : manger. Puis soudain, il croise ce petit « bonbon rose » sur le macadam et sa quête devient positive. Socialement dévastatrice mais humainement positive.

Un orphelin qui recherche ses parents. Une gamine qu’on veut enlever à sa mère. L’enfance, les traumatismes qu’on peut vivre très jeune est un thème qui revient dans vos films. Pourquoi ?
Pour moi, tout vient de là. Aujourd’hui il existe de nombreux petits Irakiens, Palestiniens, des mômes de cinq ans qui ont connu les pires atrocités et qui n’auront qu’un but dans leur vie plus tard c’est de se venger. C’est que déjà il y a eu une erreur tragique qui a été commise. Dans l’enfance de Bush ou de Ben Laden, il s’est passé quelque chose qui fait qu’ils n’ont pas la dimension humaine suffisante pour comprendre les dégâts qu’ils vont causer. Je suis convaincu que la meilleure façon de combattre la violence, c’est de combattre la misère affective. J’ai la chance d’avoir eu des parents qui étaient affectueux.

Si vous n’aviez pas fait du cinéma vous auriez fait quoi ? C’était une vocation, la médecine ?
Plutôt un conditionnement culturel. Mais même quand on n’est pas intéressé par les études, faudrait être con pour ne pas s’intéresser à la médecine. C’est passionnant. Cette histoire de théâtre m’est tombée dessus un peu par accident. J’étais en début de cinquième année. J’avais 22 ans. J’allais beaucoup au cinéma. Je fuyais la réalité. C’était maladif, de dix heures à minuit, je passais mon temps dans les salles. A un moment, je me suis dit « comment faire pour être dedans ? » J’ai pris des cours de théâtre pour faire l’acteur. Mais, j’ai gardé longtemps ma carte d’étudiant. Je me disais : « je vais revenir ». Un jour, j’ai vu un reportage sur des médecins qui travaillent en Afghanistan. Il m’arrive de me sentir un peu coupable. Je gagne ma vie confortablement, mais je me dis parfois que c’est là où j’aurais dû aller.

Quelles images gardez-vous de votre père exerçant la médecine ?
Il était radiologue. Je me souviens qu’un été, nous avons tenu le secrétariat du cabinet avec ma sœur. Je l’ai vu recevoir des patients, leur parler. Il était très humain, très aimé. Il ne tenait aucun discours, ne jugeait pas. Peut-être du fait de ses origines modestes… Parfois, des gens ne pouvaient pas payer. Pour lui, ce n’était pas un problème. Une fois, alors qu’il nous emmenait à l’école en voiture, il y avait un attroupement autour d’un gars sous un bus. Il l’a réanimé. Je me suis dit : « Putain, mon père réanime les gens comme là-haut ! Plus tard, ce mec est venu à son cabinet pour le remercier de l’avoir sauvé. Au-delà de la performance technique, du massage cardiaque, c’est de la dimension humaine qui m’a marqué.

Et vous, quel père êtes-vous ?
En ce moment, beaucoup absent ! J’aimerais bien que mon fils arrête de me vouvoyer et de m’appeler Monsieur quand il me voit (rires). Donc, j’essaie de me rattraper et j’ai tendance à le surgâter. J’ai conscience que ce n’est pas la meilleure manière de faire. A un moment, il va falloir que je me pose. J’espère qu’il ne sera pas trop tard. Que je n’aurais pas à aller le chercher au commissariat pour vol de mobylettes ou trafic de cannabis…

Avoir des enfants représentait quelque chose d’important pour vous ?
Comme disait Laborit : Qui sommes-nous pour faire des enfants ? Qui sommes-nous pour croire que nous sommes si important pour laisser une trace dans l’humanité ? C’est certainement du narcissisme et j’y ai succombé comme tout le monde. Ça donne un sens, s’occuper de quelqu’un, même si parfois on ne s’en occupe pas forcément bien.

Qu’avez-vous envie de transmettre à votre fils ?
Il a huit ans. Je me disais : « je n’ai pas fait beaucoup de films qu’il puisse voir sans se mettre à pleurer ». Dans Enfermés dehors, il n’a pas compris forcément tous les tenants et les aboutissants du film mais il a bien rigolé. Il commence à me poser des questions, à s’interroger comment on réalise tel ou tel plan. Je lui ai même laissé faire le clap. C’est vrai que si son père travaillait dans les assurances ce serait moins passionnant pour lui !


BIOGRAPHIE
Né le 11 janvier 1964 à Saint-Germain-en Laye (78)
1986 : renonce à ses études de médecine pour l’école d’art dramatique de Chaillot où il suit les cours d’Antoine Vitez
1991 : one-man show Sale spectacle
1994 : réalise Désiré son premier court-métrage
1996 : écrit, met en scène et joue dans Bernie
1999 : échec de son deuxième film Le créateur. Impose une autre facette de son jeu d’acteur dans La maladie de Sachs (film de Michel Deville d’après le roman de Martin Winckler)
2002 : joue dans Irréversible (film de Gaspar Noé)
2004 : joue dans Un long dimanche de fiançailles

Site du film : www.enfermesdehors-lefilm.com